LE PRIX DU TEMPS ou LE TEMPS DU MEPRIS.

LE PRIX DU TEMPS ou LE TEMPS DU MEPRIS

La société industrielle est basée sur l’exploitation des temps fossiles. La transformation de la chaleur en mouvement va transformer le temps et l’espace. Le mouvement était une transformation du présent, le fait de l’homme ou de l’animal ou de la force de l’eau et de l’air. La force motrice va désormais appartenir à la machine qui transforme le temps fossile en travail.

En augmentant, la productivité fait appel à de plus en plus de besoin en temps fossile, plus que ne le permettent les richesses de nos sous-sols. Il faut aller les chercher au delà des mers, dans des régions qui n’utilisent pas ces temps fossile, peuplées par des gens pour qui le temps n’a pas de valeur monétaire. On va leur amener le sens de la vie occidentale, celle qui dit que le vrai sens de la vie est le temps après la mort, en échange de cette bonne parole, on pillera leur temps et leurs réserves de temps (fossile ou végétal). L’Europe industrielle se lance dans la colonisation rendue possible par l’invention de l’auto-motricité qui transforme la perception du monde par une compression du rapport espace/temps.

Cette exploitation et ce transfert du temps va faire la fortune des compagnies minières et des compagnies de transport qui vivent de ce déséquilibre qu’il faut donc préserver.

Peut-on trouver dans cette lutte pour le temps fossile des colonies la raison du déclenchement de la première guerre mondiale? Le but des dirigeants allemands en attaquant la Belgique n’était-il pas de s’octroyer ses colonies regorgeant de richesses?

Quoi qu’il en soit, la première guerre mondiale va marquer une étape fondamentale dans tout ce qui va se passer plus tard.

La guerre est un trou noir qui absorbe le temps, au travers des vies perdues mais aussi de toute l’énergie déployée pour produire des armements.

La productivité doit augmenter de façon drastique pour répondre aux besoins et ce avec une partie de la population mobilisée au combat donc moins de temps humain qu’il faut compenser par du temps machine (donc du temps fossile).

La paix revenue, les besoins de la reconstruction et les pertes humaines vont permettre au système de continuer sur sa lancée durant quelques années. Très vite, cet emballement du temps va entraîner une surproduction et une dévalorisation du temps travail, synonyme de perte de revenus pour les travailleurs. Ils sont dès lors exclus du temps de consommation. Cette crise permettra l’avènement du nazisme, un infâme cocktail (keynésianisme + nationalisme + militarisme revanchard + antisémitisme) offert à une population qui n’a plus accès à aucun temps dans une nation bannie ne pouvait mener qu’à une nouvelle guerre.

Les mêmes causes donnant les mêmes effets, durant la seconde guerre mondiale, la capacité productive des USA a encore effectué un bond en avant. A la différence des années 20, la reconstruction a été relativement mieux gérée, aucune nation belligérante vaincue n’a été économiquement exclue du temps des nations, au contraire l’Allemagne et le Japon ont reçu de l’aide des USA au même titre que leurs alliés, leur ouvrant par là même les portes du temps de la consommation dans ces pays.

La part importante du temps de travail restant liée à l’armement maintiendra les USA dans une logique de guerre latente ou effective jusqu’à nos jours.

L’emballement du rythme qu’engendre le temps fossile multipliant le temps travail crée un déséquilibre entre la capacité de production et la capacité de consommation. Pour une large partie de la population le « temps travail » ne leur fournit pas les moyens d’accéder au « temps consommation », il faut donc payer à crédit avec le temps à venir.

Le développement des moyens de communication, la généralisation de vision capitaliste de l’économie de marché suite à l’effondrement de l’URSS va projeter la société dans une nouvelle vision du monde.  Le temps production et le temps consommation sont dissociés, la vision qu’avait Henry Ford du rôle socio-économique de l’entreprise est balayée.  La conception du temps devient uniquement comptable, il n’a plus de rapport avec la qualité de vie de l’homme.  l’homme devient une contrainte de production et une cible de consommation.

Elle est loin l’époque des luttes syndicales qui allaient permettre que le transfert du temps travail à la machine donne accès à des nouvelles temporalités pour le monde ouvrier, celles qui étaient le privilège des classes dominantes (la scolarité, les loisirs) mais aussi des droits que seuls permettent la solidarité et le partage des effets du progrès (sécurité sociale, retraite). Au delà de la reconnaissance d’une valeur monétaire du temps, c’était une combat pour donner une reconnaissance à la vie de chaque être humain.

A ce combat qui a été oublié depuis 50 ans, qu’il faut faire renaître, il serait peut-être intéressant de donner une nouvelle dimension sur l’aspect systémique de la vie sur terre.

JACQUEMART ALAIN

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